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HUMEUR : 100% renouvelables ? 0% crédible !
Pierre Titeux, chroniqueur  •  23 novembre 2017  •  Energie  •  Energies renouvelables

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A en croire Courteline [1], passer pour un idiot aux yeux d’un imbécile serait un plaisir de fin gourmet, ce que ma fréquentation de quelques grandes tables de la bêtise humaine tend à confirmer. A l’opposé, passer pour un con auprès d’un esprit brillant s’avère une couleuvre aussi lourde à avaler qu’à digérer. J’en fis la désagréable expérience il y a peu lorsque, associé par mes convictions au discours environnementaliste sur l’énergie, je fus invité à expliquer comment « 100% d’énergie renouvelable en 2050 », c’est possible.

Ma grande erreur fut de vouloir ratiociner contre ma propre évidence. Car à dire vrai, mes capacités intellectuelles limitées m’empêchent de considérer cet objectif comme ne serait-ce qu’envisageable. Je peux, en mobilisant ma bonne volonté, conjecturer une électricité dont la consommation drastiquement maîtrisée serait assurée à partir de sources exclusivement renouvelables ; mais que l’ensemble de nos besoins énergétiques puisse être satisfait à partir de ces sources, non. Cela dépasse mon entendement mais aussi mon imagination. Car on parle quand même là de remplacer les 81,4% d’énergies fossiles majorés de 4,9% de nucléaire qui entraient dans la consommation mondiale d’énergie primaire en 2015… [2] Ou, pour rester au niveau belge, de trouver des alternatives permettant de compenser 72,4% de fossiles et 16,6% de nucléaire. [3]

Dieu et le diable savent pourtant que j’ai cherché à comprendre comment l’impensable serait réalisable. Je me suis ainsi imposé la lecture des analyses de l’ADEME [4] et du Bureau fédéral du Plan [5] [6] plaidant en ce sens. Ces rapports d’experts n’ont toutefois pas su me convaincre d’une faisabilité autre que théorique.
Que le vent, le soleil et les ressources hydrauliques aient le potentiel nécessaire pour satisfaire l’ensemble de nos besoins en énergie, même dans un contexte où « (…) le paradigme économique actuel n’est pas modifié et notre économie continue à croître jusqu’en 2050 (de 1,8% par an en moyenne) » [7], soit. Les physiciens estimeront même que cela relève de l’évidence. Mais l’essentiel n’est pas là ; il réside dans notre capacité à exploiter, stocker et utiliser ce potentiel quasi infini pour éclairer, chauffer ou refroidir nos immeubles, pour faire fonctionner les machines de tous genres et toutes tailles qui sont au cœur de l’activité humaines, pour alimenter les moteurs permettant aux véhicules automobiles de rouler, aux bateaux de naviguer, aux avions de voler. Et sur ce point, j’ai plus que des doutes qu’aucune de mes lectures n’a pu lever voire dissiper. Quid des technologies nécessaires ? Quid des quantités de ressources rares à mobiliser ? On m’objectera le génie humain qui innovera et l’économie circulaire qui recyclera mais cela ne suffira pas pour me rallier au panache vert de la chimère renouvelable.

Face à la demande d’argumentation émanant d’un esprit rationnel, j‘eus le grand tort de nier mes propres questionnements et me retrouvai minable, ma crédibilité proche de zéro. C’est pour éviter de revivre pareille humiliation que j’appelle aujourd’hui celles et ceux qui seraient à même de me démontrer que deux milliards de voitures [8] roulant à l’électricité et des avions volant sans énergie d’origine fossile ne relève pas de la science-fiction à se manifester. Je et la cause leur en serons infiniment reconnaissants !


[1in « La philosophie de Georges Courteline », Georges Courteline, 1917



 
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