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Le biodiesel d’huile de palme en Belgique : un remède pire que le mal
Noé Lecocq  •  18 avril 2018  •  Agrocarburant / biocarburant

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Alors que les ministres européens de l’énergie doivent débattre ce jeudi 19 avril de l’avenir de la politique de soutien aux agrocarburants, Inter-Environnement Wallonie, CNCD-11.11.11, Oxfam et FIAN présentent un rapport sur l’utilisation de l’huile de palme dans les agrocarburants consommés en Belgique. Il en ressort un constat accablant : une des principales mesures politiques censée rendre notre mobilité durable s’avère particulièrement nuisible à l’environnement et au climat.

Absente de nos moteurs jusqu’il y a quelques années, l’huile de palme est aujourd’hui brulée dans la quasi-totalité des moteurs diesels du royaume. Transformée en biodiesel, elle est mélangée au diesel d’origine fossile vendu à la pompe, en vertu d’une loi obligeant les distributeurs de carburants à procéder à l’incorporation d’agrocarburants dans les carburants.

Pour le consommateur, le mélange est « invisible », rien n’ayant changé dans la manière de faire le plein. Peu de citoyens sont d’ailleurs conscients de partiellement rouler avec des agrocarburants tels que l’huile de palme, de soja ou de colza.

Du rapport intitulé « Evaluation de la politique belge d’incorporation d’agrocarburants : le cas de l’huile de palme » réalisé par les ONG belges, il ressort que :

- La surface nécessaire à la production de l’huile de palme brûlée aujourd’hui dans nos moteurs est considérable, équivalente à la superficie totale de la Région Bruxelloise ;
- Ceci augmente la pression de déforestation dans les pays du Sud, ainsi que les risques d’expulsion de populations locales et d’accaparements de terres ;
- Au niveau climatique, le bilan du biodiesel d’huile de palme est pire encore que celui du diesel fossile remplacé. Son utilisation actuelle en Belgique produit une augmentation des émissions équivalente à celle qui résulterait d’un doublement du trafic de voiture sur le Ring de Bruxelles ;
- Malgré ces effets néfastes, la quantité de pétrole remplacé reste anecdotique, moins de 0,7% du diesel fossile utilisé en Belgique.


La majorité du biodiesel utilisé aujourd’hui en Belgique (à base de colza, de soja ou de palme) émet plus de GES que le diesel fossile.

En conséquence, les organisations à l’origine de cette analyse appellent à une révision profonde de la politique menée au niveau belge et européen en matière d’agrocarburants, en particulier au moment où sont prises les décisions pour la décennie 2020-2030, et invitent à envisager d’autres options pour rendre le transport durable.

Il est ainsi essentiel de mettre au cœur des politiques de mobilité durable la maîtrise de la demande et le report modal vers les alternatives à la voiture individuelle (transports en commun, mobilité douce, véhicules partagés, etc.). Pour les voitures restantes, utiliser les leviers normatifs et fiscaux pour réduire la masse et la puissance des véhicules mis sur le marché, voie royale pour diminuer leur consommation énergétique.

Une analyse plus large concernant les autres agrocarburants utilisés en Belgique, dont on sait déjà que plusieurs posent aussi problème, sera réalisée dans les prochains mois.




 
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