Vers une gestion des surdensités
Lionel Delvaux  •  20 novembre 2012

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Depuis de nombreuses années, la gestion du grand gibier était laissée à la responsabilité des seuls chasseurs. Cette situation posait de sérieux problèmes tant pour la biodiversité que pour la pérennité de nos forêts. Des pratiques très artificielles (territoires clôturés, nourrissage abondant) et l’incapacité du monde de la chasse à maîtriser l’explosion des densités ont montré les limites d’une « gestion » cynégétique hors de contrôle. L’incidence de cette situation fît l’objet d’auditions parlementaires en 2003 au terme desquelles les parlementaires wallons adoptaient une résolution sur la chasse à destination du Gouvernement. Les différents constats mais aussi les ébauches de solutions y faisaient consensus. C’était il y a près de 10 ans …

Hélas, ces propositions sont restées lettre morte lors de la précédente législature. La Déclaration de Politique Régionale du gouvernement actuel laissait augurer une prise en charge rapide de ce dossier. Il a cependant fallu attendre l’arrivée, à la mi-législature, du Ministre Carlo di Antonio pour percevoir une réelle volonté d’aboutir. Dès son entrée en fonction, le Ministre a en effet accéléré la concertation avec les parties prenantes et a opté pour une interdiction dans trois ans du nourrissage des sangliers en dehors de la période de sensibilité des cultures et pour une anticipation de cette mesure dans les territoires de chasse les plus problématiques en termes de surdensité. Il a par ailleurs recadré la pratique du nourrissage durant cette période transitoire en interdisant le maïs, en interdisant toute distribution mécanisée et motorisée et en interdisant enfin tout stockage d’aliments en forêt.

Outre ces mesures spécifiques sur le nourrissage, le Ministre a élaboré un plan d’actions contre les surdensités de grand gibier qui fut adopté par le gouvernement et présenté début juillet au Parlement. Ce plan en 25 mesures fut présenté à la presse après l’adoption par le Gouvernement du nouvel arrêté relatif au nourrissage du grand gibier qui est entré en vigueur ce 15 novembre. Notre Fédération a souligné l’équilibre global de ce plan, qui laisse espérer, pour autant que tous les acteurs de la ruralité jouent le jeu, un atterrissage en douceur de cette problématique pourtant aiguë. Il reste cependant essentiel que ce plan soit réalisé dans les délais qui ont été planifiés. Pour assurer ce suivi, notre Fédération a élaboré un baromètre de la mise en œuvre du plan qui sera régulièrement mis à jour. Pour chacune des 25 mesures, vous y découvrirez notre appréciation de la mesure et de son état d’avancement.

Parmi les mesures les plus importantes figure l’identification des territoires de chasse « points noirs », c’est-à-dire des territoires au sein desquels l’importance des prélèvements de sanglier au cours des trois dernières années révèle des pratiques de nourrissage intensif ou de trop grande protection des laies adultes. Ces territoires feront l’objet d’une interdiction anticipée du nourrissage s’ils n’ont pas mis à profit cette année cynégétique pour réduire sensiblement les densités en accroissant de façon évidente les tirs. Seront ciblés la première année les territoires présentant des prélèvements supérieurs à 75 sangliers/1000 ha puis 60 sangliers aux 1000 ha. L’administration a identifié ces territoires et notifiera aux titulaires de chasse leur situation. Sur ces territoires, le nourrissage sera soumis à autorisation, c’est-à-dire qu’il y sera a priori interdit. IEW sera attentif à la justification des éventuelles autorisations par l’administration.

Les critères d’identification des points noirs restent cependant loin des objectifs de densités pour une forêt en équilibre. Aussi, pour assurer ce suivi et éventuellement aller au-delà, le plan d’action communiqué au Parlement prévoit une concertation annuelle des parties prenantes (représentants des propriétaires publics et privés, des agriculteurs et des environnementalistes) sur sa mise en œuvre, ce à l’échelle des directions des services extérieurs de l’administration (DNF). Notre Fédération s’impliquera dans cette concertation indispensable et a sollicité dès à présent l’administration sur ses modalités.

Le plan prévoit également la gestion de la problématique des clôtures. S’il faut se féliciter de la proactivité de certains directions du DNF, notre Fédération regrette l’absence d’orientations claires à l’échelle de la Région wallonne permettant de concrétiser les engagements politiques dès cette saison de chasse. Le retard pris pour la gestion de cette problématique est étonnant eu égard à la jurisprudence récente (novembre 2011 arrêt de la Cour d’Appel de Liège) et au fait que des actions judiciaires « coup de poing » ont sifflé la fin de la récréation aux titulaires de chasse récalcitrants lors de la précédente saison de chasse.



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