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« Bande d’individualistes ! »
Véronique Hollander  •  21 juin 2015

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« Ooh… on se calme hein ! Ce n’est pas parce que je ne veux pas donner du temps à ton action que je suis individualiste ! ».

Cette remarque m’avait révoltée et en même temps elle a engendré une question existentielle : « est-ce vrai cet air du temps qui nous fait croire que notre société est plus individualiste ? » Je me suis engagée dans un débat interne, un peu stérile, où pour et contre se confrontaient. Tour à tour prenant des exemples chacun en leur faveur. Une vraie conversation de café, entre moi et moi dont, bien évidemment, je n’ai su dégager de nuances me permettant de mieux comprendre la société dans laquelle je vivais.
Je n’étais évidemment pas seule à me poser ce genre de questions, la plupart des associations membres d’Inter-Environnement Wallonie constatait leurs difficultés à rencontrer de nouveaux bénévoles pour leur association et parfois même le public pour leurs actions.

Simplement plus autonome.

D’après Jacques Ion , il ne s’agit pas moins d’individualisme que d’individuation. L’individualisme porte en lui un jugement de valeur et nomme un certain repli sur soi, voire un égoïsme. L’individuation quant à elle est le processus qui nous amène à devenir plus autonomes, à être plutôt valorisés dans nos particularités que dans nos rôles et statuts. Notre mobilité géographique et professionnelle nous amène à être moins insérés dans des systèmes d’appartenances (quartier, religion, syndicats, …) ou dans des corps sociaux intermédiaires (famille, entreprise, …). C’est comme si aujourd’hui nous assumions plusieurs vies de façon successive ou simultanée : vie familiale, professionnelle, amicale, de loisirs, etc. Cela nous rend évidemment plus indépendants vis-à-vis de nos multiples appartenances. Nous vivons donc dans une société composée d’individus. Cela a donc nécessairement un impact sur les formes d’engagements dans les associations ou les participations aux diverses activités proposées par ces dernières. L’une de ces conséquence est notamment, ce que Jacques Ion appelle l’engagement post-it, opposé à l’engagement timbre. Il s’agit d’une forme d’engagement souvent liée à un projet et donc ponctuelle. Ce qui ne signifie pas que cet engagement n’est pas intense pour la personne, il lui demande même une forte mobilisation. Mais il est révisable à tout moment. Il est davantage attaché au projet qu’à la structure et entretient des liens ténus avec les autres membres de l’association.

Les associations aussi ont changé.

Elles sont de plus en plus spécialisées, là où avant nous trouvions des associations polyvalentes à destination de tous publics, nous trouvons aujourd’hui des associations quasi monothématique qui s’adresse donc à un public lui-même restreint étant donné son champ d’action. Les grandes associations polyvalentes des années 60 et 70 proposaient à la fois des activités à destination des femmes, des cafés-citoyens, des débats politiques mais aussi créaient des clubs de sports et des plaines de jeux pour enfants durant les congés. Aujourd’hui, non seulement nous ne traitons plus qu’un thème et parfois même nous nous spécialisons dans une méthode de travail pour atteindre cet objectif, restreignant d’autant le public auquel nous nous adressons et réduisant la manne de bénévoles potentiels qui pourraient nous rejoindre.

Les grands absents du bénévolat sont quand même les jeunes, non ?

Pas vraiment. L’eurobaromètre de 2011, année européenne du bénévolat met en évidence que les jeunes (25-34 ans) sont plus nombreux à œuvrer bénévolement que les plus âgés (55-64 ans et les 65-70 ans). Mais là où les plus jeunes consacrent 2h de leur temps au bénévolat, les plus âgés en consacre 10. La plus grande partie des bénévoles sont engagés dans des clubs de sport ou des clubs d’activités de plein air (24% des sondés), ou des associations culturelles, éducatives ou artistiques (20% des sondés). L’environnement, regroupé avec le droit des animaux dans cette enquête, ne capte que 7% des bénévoles. Il s’agit ici des moyennes européennes. 24% des européens pratiquent une activité bénévole, en Belgique, nous sommes 26%.

Créons du lien et des ponts

Les bénévoles sont là ! Sans doute pas là où nous souhaiterions les trouver pour nos actions, mais ils existent. Nous ne sommes pas dans une société plus égoïste que par le passé, nous sommes dans une société composée d’individus plus autonomes. Et chacun de nous a besoin d’être en relation aux autres, notamment pour construire son identité. Une plus grande autonomie entraîne une plus grande capacité à développer des relations mais également une plus grande fragilité des liens, car s’ils sont moins subis que par le passé ils peuvent aussi être plus difficiles à établir et à maintenir. Le défi pour chaque association est donc aujourd’hui de capter ces individus autonomes intéressés par leur projet et de faire le deuil d’attacher ces personnes à leur structure. Mais aussi de considérer que le lien créé reste actif même si la personne n’est venue que pour un projet, considérer qu’elle sera toujours la bienvenue ultérieurement, ou simplement se réjouir de l’avoir rencontrée. Il s’agit également de créer des ponts avec des organisations d’autres secteurs pour s’enrichir, fortifier nos actions et se faire connaître dans des cercles que nous ne touchons pas habituellement.




 
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