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Une stratégie européenne sur les plastiques : des attentes et des espoirs
Gaëlle Warnant  •  3 mai 2018  •  Santé environnement

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Axe important du Paquet « Economie circulaire » adopté fin 2015, la stratégie européenne sur les matières plastiques a été présentée en janvier dernier. Entre préservation de l’environnement et opportunités économiques, les objectifs de cette stratégie ne pourront être atteints sans une ambition forte de tous les acteurs : des producteurs jusqu’aux consommateurs.

Sur ces 50 dernières années, la production mondiale de plastique a été multipliée par 20 pour atteindre 322 millions de tonnes en 2015. Ses nombreuses propriétés et sa polyvalence en font une matière « fantastique » si ce n’est les problèmes environnementaux qu’elle pose et pour lesquels il devient urgent de prendre des mesures. Chaque année en Europe, ce sont près de 26 millions de tonnes de déchets plastiques qui sont générés, dont seuls 30% seront collectés pour être recyclés. La majorité des plastiques finissent donc incinérés ou en décharge dans un grand nombre de pays de l’EU. Une partie non négligeable (de 1.5 à 4%) de ces matières sont rejetées dans l’environnement pour bien souvent finir leur course dans les océans (entre 150 000 et 500 000 tonnes par an au niveau européen). On ne compte plus aujourd’hui les études et cris d’alarme des scientifiques à propos de la présence des plastiques, et plus singulièrement sous forme micro ou nano, dans nos océans. L’urgence environnementale est bien là !

D’autre part, des pays comme la Chine qui acceptaient de « gérer » nos plastiques ferment aujourd’hui leurs portes à nos déchets. Il est donc crucial de trouver des solutions de traitement au sein de l’UE et si possible en tirer toutes les opportunités économiques. D’après la Commission, plus de 200 000 nouveaux emplois pourraient être créés d’ici 2030 grâce à un quadruplement de la collecte et du recyclage de ces matières. A ce propos, la Wallonie n’entend pas rester à quai puisqu’à travers le récent Plan wallon d’investissement, des financements seront spécifiquement dédicacés au recyclage des plastiques.

Au regard de ces différents enjeux la stratégie européenne comprend quelques axes majeurs comme :

  • Rendre tous les emballages plastiques qui entrent sur le marché EU réutilisables ou recyclables d’ici 2030,
  • Recycler plus de la moitié de tous les déchets plastiques d’ici 2030,
  • Améliorer la qualité des plastiques en éliminant les substances qui empêchent les processus de recyclage,
  • Booster la demande pour les matières secondaires recyclées,
  • Lutter contre la pollution marine par les plastiques, notamment ceux issus de l’industrie de la pêche ou encore s’attaquer aux différentes sources de microplastiques,
  • Développer des matériaux innovants et durables, alternatifs aux plastiques pétro-basés.

Si les intentions sont bonnes, la route est encore longue pour sauver notre société de l’asphyxie par les plastiques. Les ONG environnementales et plus particulièrement celles rassemblées sous la bannière de Rethink Plastic Alliance saluent l’arrivée de la stratégie tout en insistant sur les priorités à mettre en œuvre.

Premièrement, la réduction de la prolifération des plastiques : lutte contre le suremballage, réduction des objets plastiques à usage unique en visant prioritairement ceux qui finissent en déchets sauvages problématiques (gobelets, pailles, sacs, bouteilles, etc.). Il faudra donc passer par des interdictions, des instruments financiers ou fiscaux pénalisant les sources de plastiques inutiles ou impactant pour l’environnement. La réduction des plastiques « à la source » doit aussi viser les microplastiques.

Deuxièmement, il s’agit de repenser les plastiques dès la conception des produits (« redesign ») pour qu’ils deviennent résistants, réutilisables, recyclables et exempts de toute substance toxique pour la santé et l’environnement. A ce titre, une récente étude de Go4Circle montre que de nombreux déchets d’emballages en plastique pourtant autorisés dans le sac bleu PMC ne peuvent être recyclés correctement à cause d’une conception non adaptée (plastiques multicouches, plastiques opaques ou colorés, mélange de matériaux…).

Enfin, l’amélioration de la gestion de ces matières en responsabilisant tous les acteurs, du producteur au consommateur. La Responsabilité élargie des producteurs (REP) peut être un très bon levier pour assurer la collecte et le recyclage mais les producteurs doivent être davantage impliqués dans la prévention et la facilitation des processus de recyclage. Le système de consignes est à envisager pour certains déchets. Et les distributeurs doivent être prêts à suivre les attentes des consommateurs en terme de réduction des emballages. L’enjeu est également de booster la demande en plastique recyclé : des clauses de marchés publics ou encore des normes de produits devront inciter les producteurs à intégrer davantage de matières secondaires dans leurs produits.

Si certaines questions nécessitent un cadre européen harmonisé, la Commission laisse une grande latitude aux autorités nationales/régionales compétentes et aux industries. Mais la crainte est de voir se développer des accords sectoriels peu ambitieux (comme on l’a vu pour les microplastiques dans les cosmétiques) plutôt que des normes de produits et des législations contraignantes. Or les nombreuses initiatives de la mouvance Zéro Déchet le montrent : les citoyens sont prêts à adapter leurs choix de consommation afin que « plastique » ne rime plus avec « problématique ».




 
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